I] Définitions
- Religion. Avant propos : La religion est souvent conçue, dans des doctrines philosophiques du XIXe et du XXe siècles, comme scission de l'Homme d'avec lui-même (Feuerbach), réalisation fantastique de l'être humain (Marx), ou même comme expression « névrotique » (Freud). La religion, soleil illusoire ? C'est la question que posent certaines analyses modernes.
Son Etymologie : incertitude entre 1/ religio (latin) qui signifie pratique religieuse, culte, religion 2/ religere (lat.), recueillir de nouveau, rassembler ou 3/ religare (lat.), lier, attacher.
Sens subjectif : sentiment intérieur du Sacré, avec croyance en la divinité et foi.
Sens objectif : institution dont l'objet est de rendre à Dieu honneur et hommage. Ensemble de pratiques et de rites relatifs à une réalité sacrée, séparée du profane.
- Croyance. Etymologie : latin credere, croire, ajouter foi.
Sens religieux et fort : assentiment de l'esprit à une vérité (d'un ordre transcendant, Dieu...) sans justification rationnelle ; certitude non rationnelle ; synonyme de foi (ex : la croyance en Dieu).
- Foi. Etymologie : latin fides, la foi.
Sens métaphysique (Pascalien) : certitude due à la Grâce, par opposition à la raison.
Sens religieux : adhésion spirituelle à des vérités révélées et à des dogmes. Croyance en l'existence de Dieu.
- Agnosticisme. Etymologie : grec agnôstos, inconnu, inconnaissable.
Doctrine selon laquelle le fond des choses serait inconnaissable : on ne saurait dépasser les données sensibles.
- Athéisme. Etymologie : grec a, privatif, et theos, Dieu = atheos, qui ne croit pas en Dieu.
Doctrine niant l'existence de Dieu.
II] Pensées de philosophes
- Bergson. Dans son ouvrage, Les deux sources de la morale et de la religion, Bergson s'attache à comprendre les sources et origines de la morale et de la religion. Le chapitre II étudie la religion statique, donc la fonction est de maintenir la vie sociale. Le chapitre III est consacré à la religion dynamique et ay mysticisme chrétien, dont la source est l'élan vital.
*La religion statique
A l'ensemble organisé d'obligations sociales (morale close) correspond la religion statique, essentiellement réaction défensive contre l'idée de la mort. Elle permet en effet d'assurer la conservation du groupe et de se prémunir contre l'angoisse de la mort. Son but est de rendre possible la cohésion sociale, et ce contre les risques engendrés par l'égoïsme individuel ou la certitude de l'inévitabilité du trépas. En somme, il faut protéger la société contre l'angoisse, l'insécurité, la peur, la désagrégation entrainée par l'intelligence réfléchissant. A travers une longue enquête, Bergson souligne les différentes fonctions de la religion statique : « La religion est donc une réaction défensive de la nature contre le pouvoir dissolvant de l'intelligence. [...] [Elle est aussi une] une réaction défensive contre la représentation, par l'intelligence, de l'inévitabilité de la mort ».
*La religion dynamique
Par opposition à cette organisation statique et close, la religion dynamique s'appuie sur l'élan de la mystique créatrice et sur l'amour. Le mysticisme chrétien achève le mouvement de transcendance de la Grèce et de l'Orient. Une poussée irrésistible jette l'âme dans les plus vastes entreprises, unifiant contemplation et action. Dieu est amour, il est objet d'amour et appelle alors à l'action.
L'âme du grand mystique est d'abord plongée dans l'extase : « Ebranlée dans ses profondeurs par le courant qui l'entrainera, l'âme cesse de tourner sur elle-même, échappant un instant à la loi qui veut que l'espèce de l'individu se conditionnent l'un et l'autre, circulairement. Elle s'arrête, comme si elle écoutait une voix qui l'appelle. [...] Vient alors une immensité de joie, extase où elle s'absorbe ou ravissement qu'elle subit. Dieu est là et elle est en lui. ». Cette âme mystique connait ensuite l'agitation dans le repos. Elle surabonde de vie. Le mysticisme veut, en effet, transformer l'humanité et lui transmettre son élan créateur, sa durée inventive liée à l'amour.
- Freud. La théorie freudienne élabore des hypothèses concernant la sphère religieuse : la religion est une illusion à travers laquelle l'Homme angoissé se cramponne à un père protecteur : le Dieu personnel n'est rien d'autre qu'un père transfiguré. « La psychanalyse nous a appris à reconnaitre le lien intime unissant le complexe paternel à la croyance en Dieu » (Un souvenir d'enfance de Leonard de Vinci, p.124). Dieu incarne donc le père tout puissant de notre enfance vouée à la détresse. Car le nourrisson, puis l'enfant, se trouvent dans un état de tension et de détresse initiale : les puissances paternelle et maternelle originelles les protègent, l'idée de Dieu prenant ensuite le relais par rapport à ces prototypes sociaux.
Même l'art, satisfaction imaginaire de nos désirs inconscients, et la civilisation, fruit d'un conflit entre Eros et la pulsion de mort, se trouvent élucidés par Freud.
- Marx : La religion est selon lui une création sociale, où Dieu représente une réalisation fantastique de l'esprit humain.
- Auguste Comte : Il édifie une religion de l'humanité. Elle est constituée de l'ensemble des êtres humains, passés, présents et à venir, totalité où nous baignons car l'humanité est faite de plus de morts que de vivants. Cette humanité, objet suprême de notre amour, forme un «Grand Être », composé de la multitude des générations humaines. La religion d'Auguste Comte est donc immanente et non point transcendante : le sacré n'est pas situé dans quelque au-delà.
III] Citations clés de philosophes
- Bergson : « La religion est une réaction défensive de la nature contre la représentation, par l'intelligence, de l'inévitabilité de la mort » Les deux sources de la morale et de la religion
- Freud : « La religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l'humanité ; comme celle de l'enfant, elle dérive du complexe d'¼dipe, des rapports de l'enfant au père. » L'avenir d'une illusion
- Comte : « Dans ce traité, la religion sera toujours caractérisée par l'état de pleine harmonie propre à l'existence humaine, tant collective qu'individuelle, quand toutes ses parties quelconques sont dignement coordonnées » Système de politique positive
- Marx : « La religion est le soupir de la créature opprimée (le travailleur), l'âme d'un monde sans c½ur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple ».